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Sortie le 25/03/09

Descriptif Video DVD Interviews Echos Acteurs Trailer
Pays : France
Année : 2009
Durée : 109 min.
Format : 35mm
Cadre : scope


Philippe Lioret
Paris, 1955


Distribution :




Interviews :

Interview avec le réalisateur Philippe Lioret

Comment est né le projet de WELCOME?

D'abord de l'envie énorme de faire un film sur ce sujet-là et pas sur un autre. Sur ces types, qui, fuyant leurs pays malades, veulent à tout prix rejoindre cet eldorado qu'est l'Angleterre à leurs yeux et qui, après un périple invraisemblable, se retrouvent coincés à Calais, brimés, brutalisés et humiliés à quelques kilomètres des côtes anglaises qu'ils aperçoivent là-bas.
Un soir, nous avons évoqué cela avec olivier Adam et je me suis dit que cet endroit était un peu notre frontière mexicaine à nous, qu'il n'y avait qu'à creuser pour y trouver une dramaturgie formidable. J'en ai parlé avec Emmanuel Courcol et nous avons commencé à réfléchir à une histoire qui se passerait dans ce cadre-là.

Vous avez procédé comment?

Avec Emmanuel, on a pris contact avec les associations qui font ce qu'elles peuvent pour aider ces types et on est parti pour Calais. Pendant plusieurs jours d'un hiver glacial, on a côtoyé la vie de ces bénévoles et celle infernale des réfugiés: la «jungle» dans laquelle ils trouvent refuge, le racket des passeurs, les incessantes persécutions policières - une garnison entière de Crs leur est dédiée - , les centres de réten-
tion, les contrôles des camions dans lesquels ils se faufilent pour monter sur les ferries et dans lesquels ils risquent leurs vies pour échapper aux détecteurs de Co2, de battements de cœur, scanners, etc...
Ce qui nous a beaucoup surpris c'est l'âge des réfugiés, les plus vieux n'ont pas 25 ans. Il y a même des gamins d'une quinzaine d'années qui entreprennent seul ce périple fou. en parlant avec sylvie Copyans de l'association salam, on a appris que plusieurs d'entre eux, en désespoir de cause, avaient même tenté de traverser à la nage... Au bout de quelques jours, on est rentré à paris avec tout ça dans la tête, sans se dire un mot dans la voiture.

Comment s'est élaborée la trame du scénario?

Cette histoire d'un jeune type qui veut traverser la Manche à la nage nous hantait. C'est emmanuel qui, le premier, a dit : «Il va à la piscine de Calais pour s'entraîner». et j'ai ajouté : «et il rencontre un maître nageur». en deux phrases, on tenait la trame et les personnages, tout en sachant qu'on n'était pas dans une «surscénarisation», dans une histoire à deux balles, et qu'on ne trahissait pas le vécu des réfugiés.
Le sujet était tellement fort, tellement incarné par l'actualité des migrants, qu'il fallait que l'honnêteté prime.

C'est comme ça qu'est né le personnage de Simon.

Il fallait quitter l'aspect documentaire et ramener les personnages à leur histoire personnelle, à leur relation affective qui conditionne tellement la vie de chacun et qui est souvent derrière tout.
En regardant vivre les bénévoles, je me suis dit que certains d'entre eux partageaient sûrement leur vie avec un conjoint qui n'avait probablement pas toujours leur générosité et leur engagement.
Simon est quelqu'un de faillible, comme nous le sommes tous, loin d'être parfait. Au départ, comme la plupart des calaisiens, il ne s'intéresse pas au problème des migrants, il le subit : «Il baisse les yeux et rentre chez lui», comme dit Marion, son ex-femme. plus jeune, il est passé tout près d'une grande carrière sportive et cet échec l'a rendu amer. Il s'est enfermé dans sa vie de maître nageur et son seul problème aujourd'hui c'est que Marion l'ait quitté. Quand il rencontre Bilal, il l'aide pour de mauvaises raisons. s'il lui propose de les héberger, lui et son copain Zoran, c'est juste pour impressionner Marion, pour lui prouver qu'il n'est pas l'individualiste forcené qu'elle croit qu'il est, tout cela dans le but de la reconquérir. et ça va déraper : aide à personnes en situation irrégulière, c'est puni par la loi.
Il met le doigt dans un engrenage qu'il ne maîtrise pas.
Et plus il est happé par cette mécanique, plus il prend conscience de l'injustice totale qui règne autour de lui, plus il s'attache à Bilal.
Bilal qui veut passer en Angleterre pour aller rejoindre Mîna. Le film pourrait donc aussi se résumer ainsi :

Un homme perd une femme et en est bouleversé. Un autre, plus jeune, aime une femme et veut coûte que coûte la rejoindre.
Et ces deux destins se croisent et se heurtent à l'ordre absurde du monde.
Le film montre comment une rencontre peut aider à se dépasser soi-même. Je crois que nous l'avons tous fait parce qu'on a encore envie de croire aux sentiments et à l'intelligence plutôt qu'au cynisme et à l'intérêt.


Et Bilal, comment l'avez-vous trouvé ?

Comme une aiguille dans une botte de foin. C'était le gros morceau du casting. Quand on écrit un personnage de 17 ans qui ne parle que le kurde et l'anglais, et qui doit, avec Vincent, tenir le film sur ses épaules, on a quelques sueurs froides. Je ne savais même pas si ce type existait quelque part dans le monde. Avec Tatiana Vialle, la directrice de casting, on a voyagé pendant des semaines de Berlin à Istanbul, en passant par Londres et la suède, où vit une importante communauté kurde. Finalement, on a déniché Firat en France. Ce n'était évidemment pas un comédien professionnel et les premiers essais ont été... assez particuliers. Mais il avait en lui une vérité et une intensité qui ont fait la différence.

Il voulait être acteur ?

Pas du tout. Il était venu là un peu en dilettante et il a même fallu le convaincre, et ses parents aussi.
Ensuite, j'ai envisagé de travailler le rôle avec lui, de répéter beaucoup, mais finalement j'ai préféré lui laisser sa fraîcheur et je n'ai rien fait. Plus la date du tournage approchait, plus j'avais la trouille et lui aussi. Une fois sur le plateau, il a été impressionné trois heures, puis tout naturellement il a trouvé sa place et la justesse du rôle.

Il y a aussi beaucoup d'acteurs non professionnels dans le film.

Tous les jeunes kurdes que Bilal rencontre à Calais, on les a trouvés en cherchant l'acteur qui incarnerait Bilal. Pour la plupart, ils viennent d'Istanbul, de Berlin... J'ai beaucoup appris avec eux. Il faut tourner vite, ne pas trop répéter, les laisser évoluer sans trop les «cadrer». Pour eux, c'était la grande aventure - pour moi aussi d'ailleurs. Ça m'a permis de faire quelques belles découvertes : derya, par exemple, qui joue Mîna, s'est révélée être une comédienne exceptionnelle et a désormais une belle envie de faire ce métier. Avec elle, j'ai tourné une scène très compliquée en une seule prise, sans répétition, en me fiant uniquement à son instinct. Elle est inouïe.
Beaucoup d'autres acteurs que j'aime beaucoup avaient déjà participé à mes films précédents : emmanuel Courcol, mon co-scénariste, Blandine pélissier, eric Herson-Macarel, Gilles Masson... et puis Tatiana m'a aussi fait rencontrer des gens précieux comme olivier rabourdin, qui campe le lieutenant de police ; un rôle super compliqué car on voit 45 flics par jour à la télé et qu'il fallait que celui-ci sorte des conventions,
Patrick Ligarde, le voisin délateur, thierry Godard, Jean-pol Brissard, Yannick renier...

La mise en scène est omniprésente, pourtant la caméra semble discrète, presque invisible.

Pour bien filmer une scène, il n'y a pas trente-six places de caméra possibles et il faut trouver la bonne.
Je passe mon temps à demander de la justesse aux acteurs, mais la caméra aussi peut «parler faux» à sa façon.
Si dans une scène on la sent trop, si ses mouvements sont gratuits ou décoratifs, inconsciemment on se dit : «Ah oui, c'est du cinéma», et j'ai alors l'impression qu'au lieu de gagner, on perd quelque chose. Et puis, comme spectateur, quand le film me plaît, c'est comme si on me faisait un cadeau.
Mais si je vois trop le travail, j'ai le sentiment qu'on a laissé le prix dessus.
Dans le premier quart d'heure du film, on a la sensation de découvrir un monde inconnu.
Et pourtant si proche. C'est bien aussi, au cinéma, de découvrir le pays dans lequel on vit sous une facette qu'on ne connaît pas.
En ce qui concerne le problème des migrants, des réfugiés, des sans-papiers, la multiplication des émissions de télé qui leur sont consacrées se diluent dans la grande cacophonie médiatique. Et à la fin du compte, tous ces reportages, tous ces débats, toutes ces révoltes légitimes ne servent à rien car personne n'entend plus rien. Alors je préfère faire un film, raconter sur grand écran l'histoire de ces deux hommes face à ces deux femmes, confrontés à leurs affectifs au milieu de tout ce bazar. En espérant toucher le spectateur assis dans le noir et l'aider à se faire sa propre idée sur tout ça.
Et en espérant aussi que le film lui reste un peu.