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Cinélibre, vingt-cinq ans déjà
Une
société distributrice de films peut-elle se signaler
aux " mordus du cinéma " comme le fait un réalisateur,
un scénariste ou une star ? Évidemment non. Pas plus
que le spectateur d'un match de tennis ne songe aux organisateurs
quand il assiste à un tournoi.
Mais
quand, sur vingt films qu'il a pu voir en quelques semaines, le
cinéphile en vient à constater que dix sont intéressants
et qu'ils ont étés " distribué "
par la même firme, il commence à tenir compte d'un
fait dont il n'avait peut-être jamais pris conscience jusque-là
: il existe un lien non négligeable entre la qualité
d'une uvre d'art et le discernement de la personne (ou du
groupe) qui l'a choisie.
Lorsque
nous avons appris que Cinélibre célébrait son
vingt-cinquième anniversaire, nous nous sommes écriés
intérieurement : déjà ! Oui, il y a, déjà,
un quart de siècle que cet organisme a vu le jour. Il ne
s'est pas imposé d'emblée, mais peu à peu,
au fil des ans, comme quelque chose de sérieux, de fiable,
fidèle à sa ligne, dans la qualité et la fermeté.
Sans
doute n'a-t-il pas offert à sa clientèle que des chefs-d'uvre.
Il y a eu des tâtonnements et des faux-pas. Et le public,
comme la critique, n'a pas toujours approuvé ses choix.
Reconnaissons
cependant que, dans l'ensemble, les programmes élaborés
par Cinélibre sont d'une exigence, d'une rigueur et, pour
lâcher le grand mot, d'un anticonformisme étranger
au souci de " plaire pour plaire ", c'est-à-dire
à tout prix et n'importe comment.
Il
y a, en somme, deux sortes de distributeurs : ceux qui prennent
des risques et ceux qui n'en prennent pas, ou guère. Est-il
besoin de préciser que Cinélibre ne figure pas dans
la seconde catégorie ?
L'une
de ces qualités majeures, à nos yeux, est de parier
sur des cinématographies nouvelles, en provenance de pays
producteurs de peu de ressources économiques, dont les structures
de distribution sont faibles. De là, leurs difficultés
à se frayer une place sur le marché extérieur.
Nous avons pu voir ainsi des uvres d'un intérêt
aussi vif que Yaaba (Burkina Faso),
Le Massacre de Kafr Kassem (Liban),
Yeelen, la Lumière (Mali), Le
Goût de la Cerise et Le Vent
nous Emportera (Iran).
D'une
manière générale, Cinélibre se plaît
à mettre en circulation des films ambitieux traitant avec
vérité de problèmes sociaux, moraux, de notre
temps ou de tous les temps. Nous mentionnerons, au gré de
nos souvenirs, Yol (La Permission),
du Turc Yilmaz Güney, Le Sorgho Rouge,
du Chinois Zhang Yimou, Tangos, l'Exil de
Gardel, de L'Argentin Fernando Solanas, Pluie
Noire, du Japonais Imamura, Welcome
in Vienna, de l'Autrichien Axel Corti, Shoah,
film fleuve sur l'holocauste, de Claude Lanzmann, Ca
Commence Aujourd'hui, de Bertrand Tavernier
Et
comment oublier ces deux uvres profondément spiritualistes,
Le Sacrifice, tourné en Suède
par le Russe Andreï Tarkovski, jugé indésirable
en URSS, et Brève Histoire d'Amour,
du Polonais Krzysztof Kieslowski, pièce maîtresse d'un
Décalogue qui n'est pas passé inaperçu
Rappelons
encore l'empressement de Cinélibre à privilégier
le nouveau cinéma belge quand il en vaut la peine. Avec La
Promesse et Rosetta, des frères
Dardenne, Noces en Galilée,
de Michel Khleifi, Monsieur, de Philippe
Toussaint, Mobutu Roi du Zaïre,
de Thierry Michel
Et,
pour ne rien oublier, rendons hommage à l'Ecran Total, dont
le succès ne se dément pas et qui, chaque année,
pendant la saison d'été, réunit, deux mois
durant, inédits, reprises et " classiques " en
un bouquet " pour tous les âges et pour tous les goûts
"
Longue
vie donc à Cinélibre et à son équipe.
Que leur amour de l'aventure et de la recherche les conduise, de
plus en plus, à pêcher, dans le fleuve trop souvent
pollué des nouveautés, ce qui impressionne de préférence
à ce qui divertit. Et qu'il se trouve un cercle de plus en
plus large de fidèles pour suivre leurs programmes et encourager
leurs efforts.
Théodore
LOUIS
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