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Francis de Laveleye

Producteur chez 7I&A ("Train de Vie") et i-Screen (films publicitaires); compagnon de route, complice avec Michel Israël dans la sortie de "Mauvais sang" de Leos Carax.


Francis de Laveleye

 

Eliane du Bois est née au cinéma l'année où tous les militantismes reçurent leur millésime le plus prestigieux : 1968.

Après ses études de montage, Eliane pratiquera ce métier qui nécessite la connaissance approfondie du langage cinématographique, séquence par séquence, plan par plan, image par image. De ce savoir naîtra un regard exceptionnel d'acuité, de précision sans lequel on ne peut comprendre ce qui fonde la particularité de Cinélibre : avoir un vrai point de vue sur les films.

D'abord basée dans un rez-de-chaussée saint-gillois, les prosélytes du bon cinéma, celui qui crée un sens, celui qui modifie la conscience de son public, s'en allèrent de réunions en meetings, de projections en actes de foi. Et il en fallait pour animer ce petit groupe, transportant des bobines, vérifiant des copies, créant les premiers éléments de ce qui deviendra ces dossiers d'une qualité rarement égalée, dignes des meilleures publications d'accompagnement et d'éducation sur les oeuvres projetées. Sur les murs de ces premiers bureaux les affiches empiétaient les unes sur les autres, nul ne pouvait dire s'il s'agissait d'art graphique, de tracts, de proclamations publiques àl'usage de citoyens responsables ou de panneaux de publicité pour des oeuvres qui seraient restées invisibles sans ce travail exceptionnel du premier noyau de découvreurs et de passeurs d'images nées ailleurs.

Le temps est alors venu de s'installer là où le travail pourrait s'épanouir, dans les "Champs Elysées du cinéma belge", ce conglomérat de maisons hésitant entre la décrépitude et les derniers flamboiements d'une splendeur passée, ce lieu où se côtoient tous ceux qui comptent dans le cinéma à Bruxelles et en Belgique à une époque où l'on ne parlait guère du parcours royal qu'il est devenu, à l'ombre de l'église Royale Sainte-Marie qui attendait d'être ressuscitée.

C'est l'époque de la croissance, de l'association avec Thierry Abel, les premiers salaires et la constellation de soutiens de tous ordres sans lesquels une telle entreprise n'aurait jamais atteint l'âge adulte.

Songe-t-on encore à ce que "Cinélibre" veut dire ? Indépendance, créativité, chemins de traverses, choix non-conformistes, risques en tout genre, découvertes, en un mot, liberté. Et vient ensuite cette "signature", défi aux cassandres des salles obscures, véritable proclamation de foi : "un art vivant",. Une galaxie allait naître, Cinédit, Cinéart et l'Arenberg, véritable symbole de notre vie de cinéphiles bruxellois qui renaît dans les Galeries ensuite.

Songe-t-on au nombre de films qui sont venus à nos yeux grâce àce travail sans lequel nous n'aurions sans doute jamais connu des pans entiers de certaines cinématographies du monde ? Songe-t-on à tous ces réalisateurs dont on s'arrache aujourd'hui les oeuvres et qui n'ont été découverts, présentés, défendus que dans la ferveur de ces découvreurs d'alors et qui le sont restés ?

L'équipe s'enrichit - de son expérience ! - se complète, se renouvelle, se professionnalise. Cinélibre devient "le" label de référence de la distribution de qualité. Des acquisitions de plus en plus importantes sont possibles grâce aux moyens financiers sans cesse réinvestis, grâce à la confiance croissante des exploitants, grâce à l'affermissement de réseaux qui, tout autour du monde, tissent une toile de pellicule.

C'est l'installation ensuite dans la maison d'aujourd'hui, la confirmation, année après année de la constitution d'un catalogue très prestigieux de films tous passionnants, qui n'auraient jamais été accessibles, pour une partie d'entre eux, sans qu'une dilection profonde ne les désigne à une équipe au dynamisme et au talent reconnus par tous. Et ce discernement qui permet d'aller fouiller dans les cinq cents titres produits annuellement, qui permet de confirmer son intérêt sur base parfois d'un simple synopsis, cette confiance commerciale sans laquelle rien ne peut se faire dans ce métier, c'est le vrai talent de Cinélibre. Il est couronné pour ces 25 ans de 8 palmes, et de tant d'autres succès.

Puisse-t-il trouver à s'exprimer toujours avec le même esprit militant car ce talent est celui des démiurges, celui de ceux qui créent le monde.