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Francis de Laveleye
Eliane
du Bois est née au cinéma l'année où
tous les militantismes reçurent leur millésime le
plus prestigieux : 1968.
Après
ses études de montage, Eliane pratiquera ce métier
qui nécessite la connaissance approfondie du langage cinématographique,
séquence par séquence, plan par plan, image par image.
De ce savoir naîtra un regard exceptionnel d'acuité,
de précision sans lequel on ne peut comprendre ce qui fonde
la particularité de Cinélibre : avoir un vrai point
de vue sur les films.
D'abord
basée dans un rez-de-chaussée saint-gillois, les prosélytes
du bon cinéma, celui qui crée un sens, celui qui modifie
la conscience de son public, s'en allèrent de réunions
en meetings, de projections en actes de foi. Et il en fallait pour
animer ce petit groupe, transportant des bobines, vérifiant
des copies, créant les premiers éléments de
ce qui deviendra ces dossiers d'une qualité rarement égalée,
dignes des meilleures publications d'accompagnement et d'éducation
sur les oeuvres projetées. Sur les murs de ces premiers bureaux
les affiches empiétaient les unes sur les autres, nul ne
pouvait dire s'il s'agissait d'art graphique, de tracts, de proclamations
publiques àl'usage de citoyens responsables ou de panneaux
de publicité pour des oeuvres qui seraient restées
invisibles sans ce travail exceptionnel du premier noyau de découvreurs
et de passeurs d'images nées ailleurs.
Le
temps est alors venu de s'installer là où le travail
pourrait s'épanouir, dans les "Champs Elysées du cinéma
belge", ce conglomérat de maisons hésitant entre la
décrépitude et les derniers flamboiements d'une splendeur
passée, ce lieu où se côtoient tous ceux qui
comptent dans le cinéma à Bruxelles et en Belgique
à une époque où l'on ne parlait guère
du parcours royal qu'il est devenu, à l'ombre de l'église
Royale Sainte-Marie qui attendait d'être ressuscitée.
C'est
l'époque de la croissance, de l'association avec Thierry
Abel, les premiers salaires et la constellation de soutiens de tous
ordres sans lesquels une telle entreprise n'aurait jamais atteint
l'âge adulte.
Songe-t-on
encore à ce que "Cinélibre" veut dire ? Indépendance,
créativité, chemins de traverses, choix non-conformistes,
risques en tout genre, découvertes, en un mot, liberté.
Et vient ensuite cette "signature", défi aux cassandres des
salles obscures, véritable proclamation de foi : "un art
vivant",. Une galaxie allait naître, Cinédit, Cinéart
et l'Arenberg, véritable symbole de notre vie de cinéphiles
bruxellois qui renaît dans les Galeries ensuite.
Songe-t-on
au nombre de films qui sont venus à nos yeux grâce
àce travail sans lequel nous n'aurions sans doute jamais
connu des pans entiers de certaines cinématographies du monde
? Songe-t-on à tous ces réalisateurs dont on s'arrache
aujourd'hui les oeuvres et qui n'ont été découverts,
présentés, défendus que dans la ferveur de
ces découvreurs d'alors et qui le sont restés ?
L'équipe
s'enrichit - de son expérience ! - se complète, se
renouvelle, se professionnalise. Cinélibre devient "le" label
de référence de la distribution de qualité.
Des acquisitions de plus en plus importantes sont possibles grâce
aux moyens financiers sans cesse réinvestis, grâce
à la confiance croissante des exploitants, grâce à
l'affermissement de réseaux qui, tout autour du monde, tissent
une toile de pellicule.
C'est
l'installation ensuite dans la maison d'aujourd'hui, la confirmation,
année après année de la constitution d'un catalogue
très prestigieux de films tous passionnants, qui n'auraient
jamais été accessibles, pour une partie d'entre eux,
sans qu'une dilection profonde ne les désigne à une
équipe au dynamisme et au talent reconnus par tous. Et ce
discernement qui permet d'aller fouiller dans les cinq cents titres
produits annuellement, qui permet de confirmer son intérêt
sur base parfois d'un simple synopsis, cette confiance commerciale
sans laquelle rien ne peut se faire dans ce métier, c'est
le vrai talent de Cinélibre. Il est couronné pour
ces 25 ans de 8 palmes, et de tant d'autres succès.
Puisse-t-il
trouver à s'exprimer toujours avec le même esprit militant
car ce talent est celui des démiurges, celui de ceux qui
créent le monde.
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